Dans son discours de Nouvel An adressé aux Guinéens, l’ancien président de la République, Alpha Condé, est sorti de son silence pour revenir longuement sur ce qu’il considère comme l’héritage majeur de son magistère. Depuis son exil, l’ex-chef de l’État a tenu à rappeler la paternité de plusieurs projets structurants aujourd’hui mis en avant par les autorités de la transition, qu’il accuse de s’approprier indûment des réalisations initiées sous son régime.
Au cœur de son intervention figure le projet minier de Simandou, présenté comme l’un des plus grands gisements de fer au monde et un levier stratégique pour l’économie guinéenne. Alpha Condé affirme que son gouvernement avait engagé une bataille décisive pour reprendre le contrôle de ce site emblématique. Selon lui, toutes les étapes légales avaient été respectées, depuis la négociation jusqu’à la ratification. « La convention d’exploitation de Simandou signée entre le gouvernement et la société Winning Consortium a été ratifiée par le Parlement, promulguée et publiée conformément aux normes requises », a-t-il déclaré, insistant sur la transparence du processus à l’époque.
L’ancien président se dit toutefois profondément préoccupé par certaines décisions prises par le pouvoir de transition. Il déplore notamment l’annulation de la construction du port en eau profonde de Moribaya, qu’il qualifie de pilier essentiel du projet Simandou. Pour Alpha Condé, cette infrastructure devait jouer un double rôle stratégique, à la fois port minéralier et port commercial, tout en générant des milliers d’emplois pour la jeunesse guinéenne. Il regrette ce qu’il décrit comme une décision prise « dans une opacité totale » et affirme que le chemin de fer ainsi que les investissements nécessaires étaient déjà engagés avant son départ du pouvoir.
Au-delà du secteur minier, Alpha Condé a également revendiqué la paternité de plusieurs grands chantiers d’infrastructures routières actuellement présentés comme des acquis de la transition. Il a cité les axes Coyah Kindia Mamou Dabola, Kissidougou Guéckédou Kondébadou et Coyah Farmoriah, ainsi que les voiries urbaines de Conakry. À cela s’ajoutent, selon lui, les échangeurs de Kagbélén, du Km 36, de Cosa et de Bambéto, sans oublier la construction de cinq ponts métalliques à travers le pays. Autant de projets qu’il affirme avoir lancés ou structurés durant son mandat.
Sur le plan énergétique, l’ancien chef de l’État a rappelé les lignes d’interconnexion électrique Côte d’Ivoire N’Zérékoré, Linsan Fomi et Mali Kankan. Il soutient que ces infrastructures ont été initiées par son gouvernement et financées grâce à des partenariats avec plusieurs bailleurs internationaux, notamment la Chine, les Émirats arabes unis, la Banque africaine de développement, la Banque islamique de développement, l’Agence hollandaise et la Banque européenne d’investissement.
Pour Alpha Condé, le problème ne réside pas seulement dans la communication autour de ces projets, mais dans ce qu’il qualifie de dénaturation de leur vision initiale. Il accuse la junte de s’attribuer le mérite de réalisations engagées avant son éviction, tout en modifiant leur orientation stratégique. Une sortie médiatique qui relance le débat sur la continuité de l’État, la gestion de l’héritage politique et la lecture du bilan des différents régimes en Guinée.
Mamadouba CAMARA