Le ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation (MEPU-A) a publié les résultats du Baccalauréat unique, session 2026. Au niveau national, le taux de réussite est de 38,08 %, contre 32,34 % en 2025, soit une progression de près de 6 points. Une amélioration qui témoigne des efforts entrepris pour relever le niveau de l’enseignement et renforcer la crédibilité des examens nationaux.
Cependant, cette satisfaction nationale contraste avec la situation préoccupante observée dans la région de N’Zérékoré. Dans plusieurs établissements de la ville, les résultats sont alarmants : certains n’ont enregistré aucun admis, tandis que d’autres n’ont obtenu que deux candidats admis.
Face à cette réalité, notre rédaction s’est penchée sur les raisons de cet échec qui interpelle enseignants, parents, élèves et autorités éducatives.
Pourquoi N’Zérékoré peine-t-elle à réussir au Bac ?
1. Des conditions de travail peu motivantes pour les enseignants
L’une des principales difficultés reste la faible rémunération des enseignants, notamment dans les écoles privées. À N’Zérékoré, le taux horaire tourne généralement autour de 12 000 GNF, alors qu’il varie entre 20 000 et 25 000 GNF dans plusieurs établissements de Conakry et d’autres grandes villes.
Cette différence pousse certains enseignants qualifiés à quitter la région ou à multiplier les heures de cours dans plusieurs écoles, ce qui réduit leur disponibilité pour préparer les élèves et assurer un suivi pédagogique de qualité.
2. Le manque de suivi parental
De nombreux parents estiment qu’une fois arrivés au collège ou au lycée, leurs enfants sont suffisamment grands pour se prendre en charge. Cette perception conduit à une baisse du suivi scolaire à domicile.
Pourtant, l’encadrement des parents demeure essentiel : contrôle des devoirs, suivi des absences, échanges avec les enseignants et encouragement au travail restent des facteurs déterminants dans la réussite des élèves.
3. Le déficit d’enseignants qualifiés
Plusieurs établissements souffrent d’un manque d’enseignants véritablement formés dans les disciplines qu’ils dispensent. Certains assurent des cours sans maîtriser suffisamment les programmes officiels ni les méthodes pédagogiques adaptées.
Cette situation se traduit par des lacunes accumulées au fil des années, que les élèves paient au moment des examens nationaux.
4. La fin de la fraude a révélé le véritable niveau
Les mesures de lutte contre la fraude ont été considérablement renforcées cette année. Les documents clandestins, les groupes WhatsApp et d’autres pratiques frauduleuses qui facilitaient autrefois la tricherie ont été largement neutralisés.
De nombreux candidats qui comptaient sur ces moyens se sont retrouvés confrontés à leurs véritables connaissances, révélant ainsi les insuffisances dans leur préparation.
5. L’absentéisme et le manque de discipline
Dans plusieurs établissements, les absences répétées des élèves, les retards et le non-respect des horaires perturbent gravement les apprentissages. Beaucoup arrivent en classe sans matériel ou sans avoir révisé leurs leçons.
6. L’insuffisance des cours de renforcement
Les séances de révision et les cours de soutien restent insuffisants dans plusieurs écoles. Beaucoup d’élèves abordent le baccalauréat sans avoir effectué suffisamment d’exercices ni de simulations d’examen.
7. Le manque d’infrastructures et de ressources pédagogiques
Bibliothèques peu fournies, laboratoires inexistants, insuffisance de manuels scolaires et accès limité aux outils numériques freinent les apprentissages et réduisent les chances de réussite.
8. Une faible culture de la lecture
De nombreux élèves consacrent davantage de temps aux réseaux sociaux qu’à la lecture ou aux révisions. Cette habitude nuit au développement des compétences nécessaires pour réussir les examens.
9. L’insuffisance de l’orientation scolaire
Certains candidats se retrouvent dans des filières qui ne correspondent ni à leurs capacités ni à leurs ambitions. Une meilleure orientation dès le collège pourrait améliorer les performances au lycée.
10. Une collaboration insuffisante entre les acteurs de l’éducation
La réussite scolaire repose sur une coopération entre l’école, les familles, les collectivités locales et les autorités éducatives. Lorsque cette collaboration fait défaut, les difficultés des élèves passent souvent inaperçues jusqu’aux examens.
Un signal d’alarme pour N’Zérékoré
L’augmentation du taux de réussite au niveau national est une bonne nouvelle pour le système éducatif guinéen. Toutefois, les contre-performances enregistrées dans plusieurs établissements de N’Zérékoré doivent constituer un véritable signal d’alarme.
Au-delà des chiffres, il est désormais nécessaire de réfléchir à des solutions durables : améliorer les conditions de travail des enseignants, renforcer le contrôle pédagogique, responsabiliser les parents, lutter contre l’absentéisme, investir dans les infrastructures scolaires et promouvoir une véritable culture de l’excellence.
L’éducation est l’affaire de tous. Si chaque acteur joue pleinement son rôle, N’Zérékoré pourra retrouver sa place parmi les régions qui contribuent pleinement aux performances nationales.
Par Mamadouba CAMARA
Rédacteur en chef – LeRéveil224.info