Koffi Olomidé : entre génie musical et zones d’ombre, le destin contrasté d’une légende africaine
En 2024, le nom de Koffi Olomidé continue de susciter admiration, débats et controverses à travers l’Afrique et bien au-delà. Véritable monument de la musique congolaise, Antoine Christophe Agbepa Mumba, né le 13 juillet 1956 à Stanleyville, incarne à lui seul près de cinquante ans de création artistique, de succès populaires et de polémiques retentissantes. À 69 ans, celui que l’on surnomme tour à tour Grand Mopao, Mopao Mokonzi, Quadra Kora Man ou encore le Double King demeure une figure incontournable de la rumba et du ndombolo.
Auteur-compositeur, chanteur, producteur et guitariste, Koffi Olomidé s’impose sur la scène musicale dès 1977 avec le titre Synza, interprété en trio avec Papa Wemba et King Kester Emeneya. Cette collaboration marque le début d’une carrière exceptionnelle, nourrie par l’influence de géants comme Franco Luambo, Tabu Ley Rochereau et Grand Kallé. Au fil des années, il développe un style unique mêlant rumba congolaise, soukous, ndombolo et world music, qui conquiert le public africain et international.
L’année 1986 constitue un tournant majeur avec la création de l’orchestre Quartier Latin International, véritable pépinière de talents. C’est au sein de cette formation que naîtront des stars comme Fally Ipupa ou Ferré Gola. Dans les années 1990, sa collaboration avec le label Sonodisc propulse sa carrière à un niveau inédit. Koffi Olomidé devient alors le premier artiste noir-africain à remplir la salle de Bercy à Paris, un exploit historique qui inscrit son nom dans la légende.
Avec 28 albums studio, 18 albums live et plus de 300 chansons, son œuvre est l’une des plus prolifiques de la musique africaine moderne. Il décroche sept Kora Awards, dont quatre en une seule édition en 2002 grâce à l’album Effrakata. En 2013, il lance son propre label, Koffi Central, affirmant davantage son indépendance artistique. Même après avoir annoncé 13ᵉ apôtre comme son dernier album, il revient sur le devant de la scène avec Nyataquance et Légende, prouvant que l’inspiration ne l’a jamais quitté.
Mais le parcours de Koffi Olomidé ne se résume pas à ses triomphes musicaux. Sa carrière est aussi marquée par de lourdes affaires judiciaires qui ont terni son image. Condamné en 2006 en France pour fraude fiscale, il sera plus tard poursuivi et jugé dans des dossiers liés à des violences sexuelles sur mineure et à des faits de séquestration. En 2019, il est condamné à deux ans de prison avec sursis pour atteinte sexuelle sur mineure de 15 ans. D’autres affaires de coups et blessures, notamment celle survenue à l’aéroport de Nairobi en 2016, ont provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux et dans l’opinion publique africaine.
En 2024, Koffi Olomidé reste ainsi une figure profondément paradoxale. D’un côté, une légende vivante, pilier de la musique congolaise et africaine, dont l’influence est indéniable. De l’autre, un homme dont les démêlés judiciaires continuent de susciter interrogations et malaise. Entre génie artistique et zones d’ombre, Koffi Olomidé demeure un personnage central de la culture africaine contemporaine, symbole d’un succès éclatant mais aussi des dérives possibles de la célébrité.
Mamadouba CAMARA – Rédac’Chef