Le temps joue contre les candidats contestataires. À quelques heures de l’expiration du délai légal, la Cour constitutionnelle s’apprête à clore la période de réception des recours liés à l’élection présidentielle du 28 décembre, dans un climat politique marqué à la fois par des déclarations de rejet et un silence procédural lourd de conséquences. À ce stade, aucune saisine officielle n’a été enregistrée, malgré la proclamation des résultats provisoires par la Direction générale des élections (DGE).
Selon ces chiffres rendus publics, le président sortant Mamadi Doumbouya, candidat du mouvement GMD, est donné largement vainqueur avec 86,72 % des suffrages exprimés. Un score écrasant qui ne laisse que des miettes à ses adversaires. Sur les huit candidats en lice, seuls deux ont publiquement remis en cause ces résultats. Abdoulaye Yéro Baldé, candidat de la Frondeg, classé deuxième avec 6,51 %, et Dr Faya Lansana Millimono du Bloc libéral (BL), crédité de 2,04 %, ont tous deux exprimé leur rejet des chiffres annoncés.
Cependant, au-delà des déclarations médiatiques et politiques, aucun acte juridique formel n’a suivi. Ni Abdoulaye Yéro Baldé ni Dr Faya Millimono n’avaient, jusqu’à la mise en ligne de cet article, saisi officiellement la Cour constitutionnelle. Une situation qui interpelle, au regard des enjeux institutionnels et des délais stricts imposés par la loi fondamentale.
La Constitution guinéenne est pourtant claire et ne laisse place à aucune interprétation. Son article 57 stipule que si aucune contestation relative à la régularité des opérations électorales n’est déposée par un candidat dans les 72 heures suivant la publication de la première totalisation globale des résultats par l’organe technique indépendant chargé des élections, la Cour constitutionnelle proclame élu Président de la République le candidat ayant obtenu le plus grand nombre de voix. Autrement dit, le silence vaut acceptation, du point de vue juridique.
Passé ce vendredi à 23 h 59, toute requête deviendra irrecevable. Le droit électoral ne reconnaît ni prolongation ni exception à ce délai. Dans ces conditions, l’absence de recours formel pourrait mécaniquement conduire la Cour constitutionnelle à valider les résultats provisoires et à proclamer Mamadi Doumbouya président élu, sans autre forme de procès.
Le texte constitutionnel prévoit toutefois une autre hypothèse. En cas de contestation régulièrement déposée, la Cour dispose d’un délai maximum de huit jours pour statuer. Elle peut soit valider l’élection, rendant ainsi les résultats définitifs, soit annuler le scrutin. Dans ce dernier cas, une nouvelle élection devrait être organisée dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de la décision. Mais cette option semble, pour l’heure, s’éloigner à mesure que l’horloge avance.
À l’approche de l’échéance, cette absence de saisine pose question. S’agit-il d’une stratégie politique, d’un manque de preuves jugées suffisantes, ou simplement d’une reconnaissance tacite du rapport de force issu des urnes ? Quelles qu’en soient les raisons, le droit constitutionnel suit son cours, implacable.
Si aucun recours n’est déposé avant la fin du délai légal, la Cour constitutionnelle n’aura d’autre choix que de proclamer définitivement les résultats. Un acte qui scellerait officiellement l’issue de la présidentielle du 28 décembre et ouvrirait une nouvelle séquence politique pour la Guinée.
Mamadouba CAMARA