Tribune sur la CAF : Quand l’arbitraire tente de remplacer le droit du jeu (Par AOB)

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En ce jour particulier marquant mon anniversaire ce 23 mars, je prends la plume non pour célébrer, mais pour alerter. En tant qu’acteur du football, je refuse de rester silencieux face à une décision de la Confédération africaine de football qui, au-delà du cas d’espèce, met en péril les fondements juridiques et sportifs de notre discipline.
Car ce qui se joue ici dépasse un simple match entre le Maroc et le Sénégal. C’est une question de principe. Une question de droit. Une question de crédibilité.

Une lecture biaisée du règlement
L’argument central repose sur l’interprétation de l’article 82 du règlement de la CAF. Mais peut-on sérieusement interpréter une disposition juridique en la coupant de son contexte ?

Le Chapitre 35 est intitulé « Retraits ». Ce terme n’est ni neutre ni ambigu : il renvoie à une volonté claire, définitive et irrévocable de quitter une compétition ou une rencontre. Or, dans le cas concerné, il n’y a jamais eu abandon définitif.
Assimiler une sortie temporaire du terrain à un retrait définitif relève non seulement d’une erreur juridique, mais d’une dénaturation du texte. Le droit du sport, comme tout droit, repose sur la précision des mots. Et ici, les mots ont été trahis.

L’autorité de l’arbitre piétinée
Il est un principe sacré dans le football : l’autorité de l’arbitre. Ce principe est consacré par la Fédération internationale de football association (FIFA) à travers la fameuse Loi 5, qui établit que les décisions de l’arbitre sur les faits de jeu sont finales.
Dans cette affaire, l’arbitre a pris une décision claire :
Il a suspendu le match,
Il a autorisé sa reprise,
Il a conduit la rencontre à son terme,
Il a validé le résultat sur le terrain.
Dès lors, comment une instance administrative peut-elle, a posteriori, effacer cette autorité ? En agissant ainsi, la CAF ne corrige pas une erreur : elle contredit l’essence même du jeu.
Comme l’a rappelé George Weah, lorsque le match est joué jusqu’à son terme sous l’autorité de l’arbitre, le résultat doit être respecté. Tout le monde s’en remet à l’arbitre.
Suspension n’est pas abandon
Le cœur du débat est simple : il faut distinguer l’interruption temporaire de l’abandon définitif.

Dans les faits :
Le jeu a été interrompu : suspension
Le jeu a repris : levée de la suspension
Le match a été achevé : absence d’abandon
C’est une évidence juridique. Une reprise effective invalide toute hypothèse de retrait définitif. Sans preuve d’un abandon irrévocable, l’application de l’article 82 devient juridiquement insoutenable.

La charge de la preuve incombe à la CAF. Et à ce jour, aucune preuve matérielle d’un retrait définitif n’a été démontrée. Ni la feuille de match, ni le rapport arbitral, ni les images ne corroborent cette thèse.
Une décision qui fragilise le football africain
Au-delà du cas du Sénégal, c’est toute la gouvernance du football africain qui est en cause.

Si les règlements peuvent être interprétés au gré des circonstances,
si l’autorité de l’arbitre peut être annulée après un match,
si les résultats acquis sur le terrain peuvent être réécrits dans les bureaux…
Alors le football cesse d’être un sport pour devenir un théâtre d’injustice.

Le rôle du TAS : rétablir le droit

Il appartient désormais au Tribunal arbitral du sport de dire le droit, rien que le droit.
Le TAS devra rappeler une vérité simple mais fondamentale :
Un match repris et terminé sous l’autorité de l’arbitre ne peut être juridiquement considéré comme abandonné.
Une décision administrative ne peut pas annihiler un fait de jeu validé sur le terrain sans preuve irréfutable.

Le respect des règles n’est pas une option, c’est une obligation.
Un aveu de faiblesse juridique et un précédent dangereux. Car le football africain mérite mieux que des interprations opportunistes. Il mérite la rigueur, l’équité et le respect des textes.

En ce jour symbolique marquant mon anniversaire, je formule un vœu :
Que le droit triomphe du calcul,
Que le terrain reprenne ses droits,
Et que la justice sportive rende au football africain sa dignité.
Que le trophée revienne légitimement au Sénégal, qui a pleinement mérité sa victoire sur le terrain.
Car en football, les matchs se remportent sur la pelouse, et non dans les coulisses.

Par Alpha Oumar Baldé, Journaliste et Juriste
Tél : (00224) 622 55 03 13
Mail : aobaly@gmail.com

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