N’ayant aucune ambition de figurer sur la liste des députés uninominaux, cette tribune se veut avant tout un cri d’alerte et une interpellation responsable, et non un simple exercice de style.
Après plus de vingt années d’existence, d’engagement et d’observation attentive, le lien qui m’unit à cette ville de Zaly ne peut être assimilé à un attachement de circonstance ni à une posture symbolique. Il s’est construit dans l’action concrète et la participation active aux moments déterminants qui ont façonné ces quinze dernières années.
Au cours de cette période, j’ai été témoin direct de choix politiques contestables dont les répercussions continuent d’orienter notre trajectoire collective. Dans un tel contexte, le silence ne serait pas une marque de prudence, mais un abandon de responsabilité. Or, l’histoire sanctionne toujours les renoncements.
Notre cité dispose d’un capital humain réel, riche et incontestable. Ce qui a trop souvent fait défaut, ce n’est ni le talent ni la compétence, mais la détermination à placer les femmes et les hommes qualifiés au-dessus des intérêts immédiats et des calculs partisans. C’est précisément sur ce point que se joue notre défi majeur.
En effet, la désignation des quatre députés uninominaux de la préfecture de N’Zérékoré ne peut être un simple exercice partisan. Elle engage l’avenir institutionnel, politique et socio-économique de toute une préfecture. Ce choix ne saurait être guidé par l’émotion, le clientélisme ou les équilibres conjoncturels. Il doit répondre à des critères rigoureux : compétence avérée, intégrité morale, équilibre socioculturel, carnet d’adresses et capacité réelle à défendre un programme cohérent.
N’Zérékoré mérite mieux que des représentants de circonstance.
La compétence n’est pas négociable
Un député uninominal n’est pas un figurant. Il légifère, contrôle l’action gouvernementale et porte la voix de son territoire à l’Assemblée nationale. Cela exige :
– une solide formation intellectuelle ou une expérience professionnelle significative ;
– une maîtrise des enjeux juridiques et institutionnels ;
– une capacité démontrée d’analyse et de prise de position argumentée.
Envoyer à l’hémicycle des profils sans profondeur technique reviendrait à marginaliser notre préfecture dans les débats structurants sur la décentralisation, l’éducation, l’emploi des jeunes ou les infrastructures.
La loyauté partisane ne remplace pas la compétence.
L’équilibre socioculturel, une exigence de cohésion
La préfecture de N’Zérékoré se distingue par la richesse et la pluralité de ses composantes humaines. Faire abstraction de cet équilibre constituerait une erreur politique majeure. La représentation doit traduire fidèlement la diversité sociologique et culturelle du territoire. Non pour encourager un quelconque repli identitaire, mais pour assurer l’inclusion, la stabilité sociale et le respect des communautés autochtones.
Un choix déséquilibré alimenterait inévitablement des frustrations et des crispations. À l’inverse, une représentation équitable consoliderait la cohésion sociale et la légitimité institutionnelle. La véritable maturité politique se révèle dans la capacité à incarner l’ensemble d’un peuple, et non à privilégier un seul groupe.
Le carnet d’adresses, un atout stratégique déterminant
Un député véritablement efficace ne se limite pas à la prise de parole à l’hémicycle ; il agit aussi comme un facilitateur et un intermédiaire stratégique. À ce titre, il doit disposer :
1- d’un réseau national et international solide et influent ;
2- de relations fonctionnelles avec les principales institutions ;
3- d’une crédibilité reconnue auprès des décideurs économiques et administratifs.
Dans un contexte marqué par une forte concurrence entre territoires pour l’accès aux investissements publics, un représentant dépourvu d’influence ou de relais stratégiques affaiblirait inévablement la position de N’Zérékoré, notamment dans la dynamique du méga-projet Simandou 2040.
La politique contemporaine ne se résume pas aux discours ; elle repose également sur la capacité à mobiliser des réseaux, à créer des passerelles et à défendre efficacement les intérêts de son territoire dans les cercles décisionnels.
Le programme, au-delà des slogans
Trop souvent, les campagnes se réduisent à des promesses vagues. Or, un député uninominal doit porter un programme structuré, chiffré et réaliste :
Quelle vision pour l’emploi des jeunes ?
Quelle stratégie pour l’amélioration des infrastructures routières ?
Quel engagement pour l’Université et la formation professionnelle ?
Quelle contribution à la stabilité sociale ?
Le populisme est un raccourci dangereux. La crédibilité programmatique est une obligation.
L’éthique, le socle invisible mais déterminant
Aucune compétence ne compense l’absence d’intégrité. Aucun réseau ne justifie la compromission morale.
Les futurs députés doivent présenter un parcours exempt de scandales majeurs, afficher une probité reconnue et incarner une autorité morale capable d’inspirer la jeunesse.
La confiance publique est fragile. Elle ne survit pas aux calculs opportunistes.
Un choix décisif
La préfecture de N’Zérékoré ne peut se permettre quatre erreurs simultanées. Elle a besoin de quatre profils complémentaires et stratégiquement articulés : un stratège institutionnel, capable de maîtriser les mécanismes parlementaires et d’influencer les décisions nationales ; un technicien des politiques publiques, apte à analyser, proposer et évaluer des réformes structurantes ; un acteur économique crédible, en mesure de défendre les intérêts productifs du territoire ; une personnalité fédératrice, capable de transcender les clivages et de consolider la cohésion sociale.
Choisir autrement reviendrait à céder à la facilité et à reconduire les erreurs du passé, lesquelles seraient désormais perçues non comme de simples maladresses, mais comme de véritables fautes politiques.
L’histoire locale nous observe. La jeunesse nous interpelle. L’élite intellectuelle a le devoir de s’exprimer, non par passion partisane, mais par exigence républicaine et responsabilité morale.
Les quatre futurs députés uninominaux de N’Zérékoré ne sauraient être les produits d’un compromis interne ou d’arrangements circonstanciels.
Ils doivent incarner une ambition collective, porter une vision claire et assumer une responsabilité historique. Le reste relèverait de la résignation.
Par Alpha Oumar Baldé (AOB), Enseignant-chercheur, Journaliste et Juriste ;
Tél : (00224) 622 55 03 13 ;
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