UCAD : quand la faim rallume la contestation sur le campus de Dakar
À l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le quotidien estudiantin ne se résume plus seulement aux cours, aux révisions et aux amphithéâtres bondés. Depuis plusieurs jours, la question de la restauration universitaire s’est imposée comme un véritable facteur de tension sociale, révélant une précarité longtemps contenue mais désormais visible au grand jour. La récente réouverture des restaurants universitaires, loin de ramener la sérénité, a plutôt mis en lumière un malaise profond qui traverse le campus.
Fermés pendant plusieurs jours, les restaurants de l’UCAD ont officiellement repris du service ce lundi 9 février 2026. Une annonce accueillie avec espoir par de nombreux étudiants, pour qui l’accès à un repas régulier constitue une nécessité vitale. Cependant, cette reprise partielle n’a pas suffi à calmer les esprits. Le climat est resté tendu, marqué par des manifestations et des affrontements entre étudiants et forces de sécurité.
À l’origine de cette colère, la suspension des « journées sans tickets », une mesure mise en place par le Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD). Ces journées permettaient à des milliers d’étudiants de bénéficier de repas gratuits, en dehors du système habituel de tickets. Pour beaucoup, il ne s’agissait pas d’un privilège, mais d’un moyen de survie dans un contexte économique difficile, aggravé par la cherté de la vie et le manque de ressources.
La décision de supprimer ces journées a été perçue comme une sanction brutale. Dès le 6 février 2026, les étudiants ont déclenché un mouvement de grève pour exprimer leur désaccord et exiger le rétablissement de ce dispositif. Selon le site d’information Seneweb, la mobilisation ne faiblit pas et tend même à s’intensifier. Ce lundi matin, des heurts ont éclaté sur le campus lorsque les forces de défense et de sécurité (FDS) sont intervenues pour disperser les manifestants.
Des témoignages recueillis sur place font état de l’usage de gaz lacrymogènes, y compris à l’intérieur des résidences universitaires. Une intervention jugée excessive par de nombreux étudiants, qui dénoncent une réponse sécuritaire à un problème essentiellement social. « Les étudiants dénoncent une sanction injuste, aggravée par la précarité alimentaire en période d’examens », rapporte Seneweb, soulignant le caractère sensible du moment choisi pour appliquer cette mesure.
Sur les réseaux sociaux, les images relayées ces derniers jours ont profondément marqué l’opinion. On y voit des étudiants contraints de cuisiner eux-mêmes dans des conditions précaires, utilisant des moyens de fortune, parfois à proximité immédiate des chambres universitaires. Ces scènes, devenues virales, illustrent la réalité quotidienne de nombreux jeunes inscrits à l’UCAD, pour qui se nourrir correctement reste un défi permanent.
Au-delà de la restauration, cette crise pose la question plus large des conditions de vie et d’étude dans les universités publiques sénégalaises. Elle met en lumière les limites du système des œuvres universitaires, souvent critiqué pour son manque de moyens et de réformes structurelles. Pour les étudiants, la réouverture des restaurants ne saurait être une solution suffisante tant que la question de l’accessibilité et de l’équité n’est pas pleinement prise en compte.
Alors que le dialogue entre les autorités universitaires, le COUD et les représentants des étudiants peine à s’installer durablement, le risque d’un enlisement demeure réel. À l’UCAD, la faim n’est plus seulement un problème individuel : elle est devenue un moteur de contestation, un symbole d’injustice sociale et un rappel brutal que l’accès à une alimentation décente reste un droit fondamental pour tout étudiant.
Mamadouba CAMARA – Rédac’Chef