L’entrée en vigueur de la Vᵉ République marque une rupture assumée avec les pratiques du passé. Elle ne se limite pas à un changement institutionnel ou symbolique, elle impose aussi une nouvelle culture de gouvernance fondée sur la responsabilité, la transparence et la redevabilité. À ce titre, le Premier ministre Amadou Oury Bah se retrouve, dès sa prise de fonction, soumis à des obligations constitutionnelles claires qui traduisent l’esprit de cette nouvelle République.
L’article 82 de la Constitution est sans équivoque. Il place le chef du gouvernement devant deux exigences majeures, à la fois juridiques et politiques, qui constituent un véritable test de crédibilité pour l’exécutif. La première est la déclaration de patrimoine. Dans un délai strict de dix jours après son entrée en fonction, Amadou Oury Bah est tenu de déposer une déclaration écrite et détaillée de ses biens auprès de la Cour constitutionnelle. Cette même démarche devra être renouvelée à la fin de ses fonctions.
Cette obligation, souvent négligée dans le passé, est désormais érigée en pilier de la bonne gouvernance. Elle vise à prévenir l’enrichissement illicite, à rassurer l’opinion publique et à instaurer un climat de confiance entre les gouvernants et les citoyens. En obligeant les hauts responsables à rendre compte de leur situation patrimoniale, la Vᵉ République envoie un message fort : l’exercice du pouvoir ne doit plus être une voie d’accumulation personnelle, mais un service rendu à la Nation.
Au-delà de l’aspect juridique, cette déclaration de patrimoine revêt une portée symbolique importante. Elle engage l’image du Premier ministre et, par ricochet, celle de tout le gouvernement. Dans un pays où la question de la gestion des ressources publiques reste sensible, ce geste est attendu comme un signal de rupture et de sérieux institutionnel.
La seconde obligation prévue par l’article 82 est tout aussi déterminante. Dans un délai de soixante jours, le Premier ministre doit présenter son Discours de Politique Générale devant le Parlement réuni en Conseil de la Nation. Cet exercice solennel, souvent qualifié de « grand oral républicain », est un moment clé de la vie politique. Il permet au chef du gouvernement d’exposer sa vision, ses priorités et les grandes orientations de l’action gouvernementale.
Contrairement à certaines pratiques antérieures, ce discours ne donne lieu à aucun vote. Il est suivi de débats, permettant aux représentants de la Nation d’interroger, de critiquer et de commenter la feuille de route présentée. C’est donc un exercice de pédagogie politique, mais aussi de courage, car il place le Premier ministre face aux attentes, parfois contradictoires, des élus et de l’opinion publique.
À travers ces deux obligations, la Vᵉ République entend renforcer la culture de la responsabilité au sommet de l’État. Amadou Oury Bah n’est pas seulement appelé à gouverner, il est appelé à rendre des comptes, à expliquer et à assumer publiquement ses choix. La transparence n’est plus une option, elle devient une exigence constitutionnelle.
Ainsi, dès les premières semaines de son mandat, le Premier ministre est confronté à une double épreuve : celle de la clarté patrimoniale et celle de la parole politique. Deux rendez-vous décisifs qui permettront de mesurer la sincérité de l’engagement républicain et la volonté réelle de rompre avec les dérives du passé.
Mamadouba CAMARA pour lereveil224.info