Guinée–Union africaine : le retour assumé d’un pilier du panafricanisme
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Longtemps reléguée à la périphérie des grandes décisions continentales, la Guinée signe aujourd’hui un retour officiel et assumé au sein des instances de l’Union africaine (UA). Un retour qui dépasse le simple cadre protocolaire pour s’inscrire dans une dynamique plus profonde : celle de la reconquête d’une place historique, légitime et stratégique au cœur de l’Afrique institutionnelle. À Addis-Abeba, ce repositionnement a été porté avec force par le Dr Morissanda Kouyaté, ancien ministre des Affaires étrangères, qui a rappelé avec solennité que la Guinée n’est pas un acteur ordinaire de l’UA, mais l’un des berceaux de l’idéal panafricain.
Pour Conakry, reprendre son siège à l’Union africaine, c’est d’abord renouer avec son histoire. L’organisation continentale porte en elle l’empreinte indélébile de la Guinée, dont l’un des fils, Boubacar Télly Diallo, fut le tout premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’actuelle UA. Ce rappel n’est pas anodin. Il traduit la volonté des autorités guinéennes de s’inscrire dans une continuité historique et politique, en assumant pleinement l’héritage des pères fondateurs de l’Afrique indépendante.
Dans son intervention, le Dr Morissanda Kouyaté a tenu à dissiper toute ambiguïté sur la position de la Guinée ces dernières années. « Certains avaient cru que la Guinée avait quitté la maison Afrique. La vérité est simple, nous n’en étions jamais sortis », a-t-il déclaré. Une formule forte, presque symbolique, qui résume l’état d’esprit des responsables guinéens. Selon lui, la Guinée n’était pas absente, mais mise à l’écart, observatrice malgré elle, parfois incomprise, sans jamais renier son engagement africain.
Cette déclaration prend une dimension particulière dans un contexte continental marqué par des recompositions politiques, des transitions institutionnelles et des débats sur la souveraineté des États. En affirmant que « nul ne peut durablement exclure un peuple de la maison qu’il a bâtie avec le sang, le courage et les sacrifices de ses enfants », l’ancien chef de la diplomatie guinéenne replace le pays dans une posture de dignité et de contribution historique, loin de toute logique de marginalisation.
Au-delà du symbole, le retour actif de la Guinée à l’UA traduit une ambition politique claire : peser dans les débats, participer aux décisions et contribuer à la recherche de solutions africaines aux problèmes africains. Sécurité, intégration régionale, développement économique, jeunesse, gouvernance : autant de chantiers sur lesquels Conakry entend désormais faire entendre sa voix. Ce repositionnement s’inscrit également dans la volonté des autorités de renforcer la crédibilité internationale du pays et de normaliser ses relations diplomatiques à l’échelle continentale.
En retrouvant pleinement sa place au sein de l’Union africaine, la Guinée envoie un message fort : celui d’un pays conscient de son histoire, résolu à assumer son rôle et déterminé à participer activement à la construction de l’Afrique de demain. Plus qu’un retour, il s’agit d’une réaffirmation. Celle d’une nation qui n’a jamais cessé d’appartenir à la « maison Afrique », et qui entend désormais y occuper, sans complexe, la place qui lui revient.
Mamadouba CAMARA pour lereveil224.info