Crise internationale : l’Alliance des États du Sahel monte au créneau contre l’intervention américaine au Venezuela
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L’Alliance des États du Sahel (AES) s’est invitée avec force dans le débat géopolitique mondial en dénonçant ce qu’elle qualifie de « violation flagrante de la souveraineté » du Venezuela. Dans un communiqué largement relayé par la presse africaine et internationale, l’organisation régionale composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger a vivement condamné l’intervention militaire américaine, estimant qu’elle constitue une entorse grave au droit international et une menace pour la stabilité mondiale.
Cité par Sahel Tribune, le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de l’AES et chef de l’État burkinabè, a adopté un ton ferme. « Nous ne pouvons tolérer que la souveraineté d’un État soit bafouée par une intervention militaire étrangère. Cet acte est une violation flagrante du droit international. Il met en péril la stabilité mondiale », a-t-il déclaré. Une prise de position qui marque la volonté de l’AES de s’affirmer comme une voix audible sur les grandes questions internationales, au-delà du seul espace sahélien.
Dans son communiqué, l’Alliance appelle également le Conseil de sécurité des Nations unies à « condamner clairement l’action américaine » et à assumer ses responsabilités face à ce qu’elle considère comme un précédent dangereux. L’AES a par ailleurs exprimé sa « solidarité totale avec le peuple vénézuélien », estimant que celui-ci ne doit pas être la victime collatérale de rapports de force géopolitiques.
Au Mali, le site Bamada.net est revenu en détail sur les arguments avancés par l’AES, soulignant que cette position n’est pas isolée sur le continent africain. Selon le média, l’Alliance « rejoint ainsi le Ghana », qui a qualifié l’intervention américaine « d’invasion unilatérale » et dénoncé des « ambitions coloniales » toujours à l’œuvre dans certaines politiques étrangères. Une convergence de points de vue qui témoigne d’un malaise croissant au sein de plusieurs États africains face aux interventions militaires occidentales.
D’autres pays africains ont également réagi. Le Tchad a appelé au « respect strict du droit international », rappelant l’importance des mécanismes multilatéraux pour résoudre les crises internationales. De son côté, l’Afrique du Sud, tout comme l’Union africaine, a exprimé sa « grave préoccupation » face à l’escalade des tensions, mettant en garde contre les conséquences imprévisibles d’une telle intervention sur la paix mondiale.
Le communiqué de l’AES a aussi suscité des analyses approfondies en Côte d’Ivoire et au Sénégal. En Côte d’Ivoire, L’Infodrome estime que, « au-delà du cas vénézuélien, la réaction des États du Sahel s’inscrit dans une dynamique plus large observée au sein du Sud global ». Selon le média ivoirien, ces pays, eux-mêmes engagés dans des relations souvent tendues avec plusieurs puissances occidentales, ont fait de la souveraineté nationale et du rejet des interventions étrangères un pilier central de leur discours diplomatique.
Cette sortie diplomatique de l’AES confirme ainsi une tendance lourde : celle d’un repositionnement stratégique de plusieurs États africains, désireux de défendre une vision multipolaire du monde et de rompre avec ce qu’ils perçoivent comme des pratiques héritées d’un ordre international déséquilibré. En prenant fait et cause pour le Venezuela, l’Alliance des États du Sahel envoie un message clair : la souveraineté des nations ne saurait être négociable, où que ce soit dans le monde.
Mamadouba CAMARA pour lereveil224.info