La capitale guinéenne s’est transformée, du 24 au 27 novembre 2025, en véritable laboratoire de réflexion et d’action pour la santé publique en Afrique de l’Ouest. Plus de 200 experts, venus de 17 pays du bloc épidémiologique, y ont pris part à la réunion annuelle des directeurs du Programme élargi de vaccination (PEV). Un rendez-vous stratégique qui, pour la première fois, se tient en Guinée et qui marque une étape décisive dans la dynamique régionale de protection contre les maladies évitables.
La cérémonie d’ouverture, organisée dans un complexe hôtelier de Conakry, a réuni ministres, diplomates, partenaires techniques et financiers. Au-delà du symbole, l’événement révèle la volonté de la Guinée de s’affirmer comme un acteur majeur des politiques vaccinales en Afrique de l’Ouest. Durant quatre jours, les participants ont passé au crible les progrès réalisés dans chaque pays, partagé les expériences les plus efficaces et analysé les défis persistants qui freinent encore la couverture vaccinale dans la sous-région.
Le ministre de la Santé, Dr Oumar Diouhé Bah, a salué une rencontre « hautement symbolique », porteuse d’un nouvel élan pour la coopération sanitaire. Il a rappelé que la vaccination figure parmi les priorités du pilier 5 du programme national Simandou 2040, dédié à la santé et au bien-être. Les avancées présentées par la Guinée traduisent un effort soutenu : retour à l’Initiative pour l’indépendance vaccinale, hausse de la couverture vaccinale de 47 % à 63 %, introduction réussie du vaccin antipaludique avec un taux record de 93 %, et renforcement massif de la chaîne du froid avec plus de 370 réfrigérateurs solaires et des unités de conservation modernes.
Les résultats parlent d’eux-mêmes. La poliomyélite, dont le pays avait recensé 74 cas en 2023, n’en a enregistré que deux en 2025. Près de 900 agents de santé ont également été formés pour renforcer la qualité de la vaccination sur le terrain. Pour l’OMS, représentée par le Dr Jean Marie Kipella, ces performances traduisent « un engagement politique renouvelé » et un rôle moteur de la Guinée dans la dynamique vaccinale régionale. L’institution rappelle que plus de 50 millions de vies ont été sauvées grâce au PEV depuis sa création en Afrique.
La rencontre de Conakry a également permis de définir les priorités des années à venir. La Guinée prévoit d’introduire de nouveaux vaccins stratégiques contre des maladies majeures comme le cancer du col de l’utérus, Ebola ou encore le rotavirus. Ces efforts seront accompagnés par la digitalisation des systèmes de suivi, le renforcement des ressources humaines et une mobilisation accrue des communautés.
Le Premier ministre Amadou Oury Bah, qui a officiellement lancé les travaux, a insisté sur la nécessité d’allier vaccination et nutrition, deux piliers fondamentaux pour garantir le développement du capital humain. Il a annoncé une augmentation significative des ressources dédiées à la santé dès 2026, ainsi que la construction imminente de 50 nouveaux centres de santé dans tout le pays. Pour lui, la santé n’est plus un simple engagement politique : « C’est un droit constitutionnel que l’État doit garantir. »
En accueillant cet événement régional, la Guinée envoie un signal fort : celui d’un pays résolument engagé dans la transformation de son système de santé, déterminé à protéger chaque enfant et à bâtir un modèle durable au service de l’avenir. Une ambition qui, désormais, s’inscrit dans une dynamique régionale partagée et renforcée.
Mamadouba CAMARA