Sanaba Fofana : la Guinée ne doit plus tuer ses mères en silence

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Sanaba Fofana avait 27 ans. Elle était jeune, pleine de vie, et elle s’apprêtait à connaître la joie de devenir mère de quatre enfants. Mais ce lundi 25 août 2025, dans un hôpital préfectoral de Siguiri, son destin a basculé. Elle est morte, après avoir donné naissance à un quadruplé. Ses enfants ont survécu. Elle, non.

Ce n’est pas seulement une tragédie familiale, c’est une honte nationale. Une femme qui meurt en donnant la vie en 2025 n’est pas victime d’un hasard cruel, mais d’un système qui abandonne ses filles et ses mères.

Sanaba est arrivée à l’hôpital trop tard, dans un état critique. Pourquoi ? Parce que dans nos campagnes, les routes sont impraticables. Parce que les évacuations sont lentes. Parce que les centres de santé manquent de moyens. Parce que, dans ce pays, donner la vie reste un pari avec la mort. Voilà la vérité.

Combien de temps allons-nous encore détourner le regard ? Combien de “Sanaba” faudra-t-il sacrifier avant que l’État prenne enfin ses responsabilités ? Les autorités aiment parler de “priorités nationales”, de “réformes”, de “grands projets”. Mais pendant ce temps, des mères meurent, des enfants deviennent orphelins, et des familles s’effondrent dans le silence.

Sanaba laisse derrière elle quatre enfants. Ils grandiront sans elle. Ils seront la preuve vivante de notre incapacité collective à protéger celles qui donnent la vie. Ils incarneront aussi un cri qui ne doit plus être étouffé : en Guinée, être mère ne doit plus être une condamnation à mort.

Nous ne devons pas laisser cette histoire se fondre dans la banalité des drames quotidiens. Sa mort doit nous mettre face à nos responsabilités. L’État doit agir, et vite : infrastructures médicales dignes, personnel formé, évacuations efficaces, matériel disponible. Sans cela, nous continuerons à enterrer nos mères dans l’indifférence.

Sanaba Fofana est morte parce que nous avons échoué à la protéger. À partir d’aujourd’hui, plus personne ne doit se taire. Parce qu’honorer sa mémoire, c’est transformer sa mort en combat.

Mamadouba CAMARA

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