À New York, quand le vacarme de quelques-uns prétend représenter la Guinée, défendre ses convictions sans rabaisser la République. (Par l’Universitaire AOB)

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La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies réunit à New York des dirigeants venus porter la voix de leurs pays. Le président Mamadi DOUMBOUYA y représente la République de Guinée. En marge de ce rendez-vous, des Guinéens expriment leur soutien, tandis que d’autres manifestent leur opposition. C’est leur droit. Mais certaines paroles et attitudes rapportées à cette occasion appellent une réponse ferme.

Je refuse que l’injure passe pour une preuve de courage politique.

Il est facile de hausser le ton devant une caméra, de lancer une offense et de se féliciter ensuite d’avoir « osé parler ». Mais qu’a-t-on dit, au juste ? Quelle idée a-t-on défendue ? Quelle proposition a-t-on soumise au jugement des Guinéens ? Le vacarme attire parfois l’attention. Il ne tient jamais lieu d’argument.

La liberté d’expression est une conquête précieuse. Elle permet de contester le pouvoir, de demander des comptes et de dénoncer ce que l’on estime injuste. Elle mérite mieux que d’être invoquée comme une formule magique chaque fois qu’un propos grossier suscite une critique. Exercer une liberté, c’est aussi assumer la qualité de la parole que l’on choisit de porter en public.

Que l’on critique le président Mamadi DOUMBOUYA, ses décisions ou son bilan : le débat politique doit pouvoir être franc. Qu’on le fasse avec des faits, des questions précises et des arguments que chacun puisse examiner. Lorsqu’une contestation se réduit aux invectives, elle affaiblit d’abord la cause qu’elle prétend servir. Elle offre un spectacle là où les citoyens attendent une discussion.

Je sais que certains confondent respect de la fonction présidentielle et obligation d’approuver celui qui l’exerce. Cette confusion arrange les esprits pressés. Respecter une institution ne signifie pas renoncer à la critique. Et critiquer un président ne donne aucun droit particulier à l’humiliation. La maturité démocratique se mesure aussi à cette capacité : combattre des idées sans piétiner la dignité des personnes.

Son Excellence Mamadi DOUMBOUYA exerce aujourd’hui la fonction de président de la République, après une élection dont les résultats ont été confirmés par la Cour suprême. Chacun reste libre d’avoir son appréciation du scrutin et de son action. Mais nul ne peut faire comme si la fonction qu’il occupe était une affaire privée, que l’on pourrait traiter avec la désinvolture d’une querelle de rue.

Ce qui me choque davantage, c’est l’aplomb avec lequel une poignée de personnes s’arroge le droit de parler au nom de tout un peuple. Faire du bruit ne donne aucun mandat. Quelques voix qui couvrent les autres ne représentent ni la diaspora guinéenne ni l’ensemble de ceux qui contestent le pouvoir. Notre diaspora compte des femmes et des hommes capables de défendre leurs convictions avec force et intelligence. La réduire aux propos les plus outranciers de quelques-uns serait leur accorder une importance qu’ils ne méritent pas.

Il serait plus injuste encore d’attribuer de tels comportements à une ethnie, ou à une région ou à une religion. Je m’y oppose sans réserve. L’appartenance d’une personne ne dit rien de la valeur de ses arguments ni de sa conduite. La critique que je formule vise des actes et des paroles. Elle ne doit devenir le prétexte d’aucune mise en accusation collective.

Ceux qui veulent réellement faire avancer la Guinée disposent de sujets autrement plus sérieux. Qu’ils interrogent les responsables sur l’école, l’emploi des jeunes, la santé, la justice ou la gestion des ressources publiques. Qu’ils formulent des exigences et proposent des voies de changement. Voilà une opposition qui peut mettre le pouvoir à l’épreuve. L’injure, elle, ne met à l’épreuve que la patience de ceux qui l’entendent.

En ma qualité d’universitaire et de citoyen libre de Guinée, je prends la plume parce que je crois à la force du débat public. Nos familles nous ont appris qu’on peut parler avec fermeté sans céder à l’insulte. Même dans les désaccords les plus vifs, nous devons montrer à notre jeunesse qu’il est possible de défendre ses convictions avec courage, discernement et dignité.

Je condamne avec conviction et la plus grande fermeté les propos injurieux tenus contre le chef de l’État à New York. À leurs auteurs, je pose une question simple : quelle Guinée prétendent-ils construire lorsque leurs insultes couvrent jusqu’aux revendications qu’ils disent défendre ?

La République a besoin de citoyens libres de s’exprimer, mais assez responsables pour mesurer la portée de leurs mots. Je défendrai toujours le droit de critiquer le président Mamadi DOUMBOUYA. Avec la même fermeté, je refuserai que l’injure se déguise en courage politique : elle ne propose rien, ne résout rien et ne rend aucun service à la Guinée.

On peut ne pas apprécier le président Mamadi DOUMBOUYA, ni partager ses choix. L’honnêteté intellectuelle exige toutefois d’examiner sa gouvernance à partir de faits, avec ses réalisations et les questions qu’elle soulève. Cette tribune n’a pas pour objet d’en dresser le bilan. Elle rappelle qu’aucun désaccord politique ne justifie l’injure et que de nombreux Guinéens expriment leur fierté de voir leur président représenter la République sur la scène internationale.

Par Alpha Oumar BALDE (AOB), Enseignant-Chercheur à l’Université de N’Zérékoré, Journaliste et Juriste.

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