Comment Isaac Newton a inventé le calcul différentiel… sans le révéler au monde pendant près de 40 ans
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Lorsqu’on évoque les grandes révolutions scientifiques de l’histoire, le nom d’Isaac Newton revient presque toujours. Père de la gravitation universelle, figure majeure de la physique classique, le savant anglais est aussi l’un des inventeurs du calcul différentiel, un outil mathématique fondamental encore utilisé aujourd’hui en sciences, en économie et en ingénierie. Pourtant, ce que beaucoup ignorent, c’est que cette découverte majeure est restée longtemps dans l’ombre avant d’être révélée au grand public.
Nous sommes au milieu du XVIIᵉ siècle. Entre 1665 et 1666, une épidémie de peste frappe l’Angleterre et entraîne la fermeture de l’université de Cambridge. Newton, alors jeune étudiant, se retire à la campagne. Cette période d’isolement forcé deviendra l’une des plus fécondes de l’histoire scientifique. C’est là qu’il développe les bases du calcul différentiel, qu’il appelle la « méthode des fluxions », destinée à étudier les variations et les mouvements continus.
À cette époque, cette approche est révolutionnaire. Elle permet, par exemple, de calculer des vitesses instantanées, des pentes de courbes ou des aires complexes, des problèmes jusque-là insolubles avec les mathématiques classiques. Pourtant, malgré l’importance de ses découvertes, Newton choisit de ne pas les publier immédiatement.
Ce silence intrigue encore les historiens. Prudence excessive, peur de la critique ou perfectionnisme extrême ? Quelles qu’en soient les raisons, Newton se contente de partager ses travaux avec un cercle très restreint de savants à travers des manuscrits privés, notamment dès 1669. Mais aucune publication officielle ne voit le jour.
En 1687, Newton publie son œuvre majeure, les Principia Mathematica. Ce livre bouleverse la compréhension de l’univers et pose les fondements de la mécanique moderne. Pourtant, chose étonnante, le calcul différentiel y est utilisé de manière implicite, dissimulé derrière un formalisme géométrique complexe. La méthode elle-même n’y est jamais expliquée clairement.
Pendant ce temps, sur le continent européen, un autre génie est à l’œuvre. En 1684, le mathématicien allemand Gottfried Wilhelm Leibniz publie un article présentant sa propre version du calcul différentiel, avec une notation claire et accessible. C’est cette publication qui permet au monde scientifique de s’approprier rapidement l’outil. S’ensuivra une longue querelle de priorité entre les partisans de Newton et ceux de Leibniz, chacun revendiquant l’invention originale.
Ce n’est finalement qu’en 1704, près de quarante ans après ses premières découvertes, que Newton publie officiellement sa méthode du calcul différentiel. Elle apparaît en annexe de son ouvrage Opticks, sous le titre De Quadratura Curvarum. Le monde découvre alors ce que Newton savait depuis des décennies.
Aujourd’hui, les historiens s’accordent sur un point essentiel : Newton et Leibniz ont inventé le calcul différentiel indépendamment l’un de l’autre. Mais l’histoire retient aussi que le silence prolongé de Newton a profondément influencé la diffusion du savoir scientifique.
Cette affaire rappelle une leçon toujours d’actualité : une découverte, aussi brillante soit-elle, n’existe pleinement que lorsqu’elle est partagée. En science comme ailleurs, communiquer est parfois aussi important qu’inventer.
Mamadouba CAMARA pour lereveil224.info