Soudan : 1 000 jours de guerre, voici pourquoi la paix semble impossible
Écoutez la version audio de cet article.
Ce 9 janvier 2026 marque un cap tragique pour le Soudan. Voilà exactement 1 000 jours que le pays est plongé dans une guerre sanglante opposant les Forces armées soudanaises, dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammed Hamdane Dogolo, plus connu sous le nom d’Hemetti. Un conflit de pouvoir devenu une guerre d’usure, sans perspective claire de sortie, et dont les premières victimes restent les civils.
Depuis avril 2023, les combats ont provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde. Selon les estimations internationales, près de 12 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, tandis que plus de 4 millions de Soudanais ont fui vers les pays voisins, notamment le Tchad, le Soudan du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie. Le nombre exact de morts demeure incertain, mais les organisations humanitaires évoquent des dizaines de milliers de victimes, dans un contexte où de vastes zones échappent à tout contrôle indépendant.
Malgré l’ampleur de la catastrophe, aucune solution politique ne se dessine à l’horizon. Depuis des mois, la communauté internationale répète qu’il n’existe pas de solution militaire à cette guerre. Nations unies, Union africaine et partenaires étrangers multiplient les appels au cessez-le-feu et au dialogue. Mais sur le terrain, les armes continuent de parler. Chaque camp reste persuadé de pouvoir l’emporter militairement, nourrissant une spirale de violence sans fin.
Après 1 000 jours de combats, le Soudan est toujours coupé en deux. L’armée régulière contrôle l’est et le sud-est du pays. L’administration officielle a été transférée à Port-Soudan, sur la mer Rouge, devenue la capitale de facto. Khartoum, la capitale historique, reprise par l’armée il y a environ dix mois, reste largement détruite et inhabitable, avec des infrastructures en ruine et des services publics quasi inexistants.
En face, les Forces de soutien rapide dominent tout l’ouest et le sud-ouest du pays. Elles ont installé leur quartier général et une administration parallèle à Nyala, capitale de l’État du Darfour Sud. Cette région est désormais le principal bastion des paramilitaires, accusés par de nombreuses ONG de graves violations des droits humains, notamment des massacres, des pillages et des violences contre les populations civiles.
La situation s’est encore détériorée avec la prise d’El-Fasher, capitale du Darfour Nord, le 26 octobre dernier. Cette avancée a permis aux FSR et à leurs alliés de contrôler l’ensemble de la région du Darfour, ravivant le spectre des atrocités qui ont marqué cette zone depuis le début des années 2000. Désormais, la ligne de front s’est déplacée vers l’est, en direction du Kordofan, faisant craindre une extension géographique du conflit.
Si la paix semble aujourd’hui impossible, c’est aussi en raison de l’absence de confiance entre les belligérants, de la fragmentation des acteurs armés et des intérêts économiques et géopolitiques en jeu. Les tentatives de médiation ont jusqu’ici échoué, faute de compromis réels et de pressions suffisantes sur les chefs de guerre.
Pendant ce temps, la population soudanaise continue de payer le prix fort. Famine, effondrement du système de santé, insécurité permanente : le pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos. Après 1 000 jours de guerre, le Soudan apparaît comme un État brisé, prisonnier d’un conflit où la paix reste, pour l’instant, hors de portée.
Mamadouba CAMARA pour lereveil224.info