CRIEF : Aboubacar Makhissa Camara attendu devant la justice, un procès aux lourds enjeux politiques et financiers

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L’ancien directeur général des impôts sous le régime d’Alpha Condé, Aboubacar Makhissa Camara, est de nouveau au centre de l’actualité judiciaire en Guinée. Selon le rôle d’audience officiel, il est attendu le lundi 12 janvier devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Cette audience s’inscrit dans le cadre des vastes enquêtes engagées par la juridiction spéciale contre plusieurs anciens hauts responsables de l’État, soupçonnés de graves infractions économiques.

Le parquet spécial de la CRIEF poursuit Aboubacar Makhissa Camara pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Des accusations lourdes, qui traduisent la volonté affichée des autorités de transition de faire la lumière sur la gestion des finances publiques sous l’ancien régime. Pour la CRIEF, ces poursuites s’inscrivent dans une dynamique de reddition des comptes, devenue un axe central de la gouvernance depuis la prise de pouvoir du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD).

Cependant, la tenue effective de cette audience reste entourée d’incertitudes. Absent du territoire national depuis le changement de régime en septembre 2021, Aboubacar Makhissa Camara est officiellement déclaré « en fuite » par la CRIEF. À ce titre, un mandat d’arrêt a été émis à son encontre. Cette situation complique la procédure judiciaire et pose la question de la coopération internationale, dans un contexte où la Guinée cherche à renforcer la crédibilité de ses institutions judiciaires.

L’affaire revêt également une dimension politique non négligeable. Récemment, l’ancien patron des impôts a annoncé le lancement d’un mouvement de soutien à la candidature du président de la transition, le général Mamadi Doumbouya. Une initiative qui a suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique, certains y voyant une manœuvre politique destinée à influencer le cours de la justice, tandis que d’autres estiment qu’il s’agit d’une simple prise de position personnelle sans incidence sur la procédure judiciaire en cours.

Pour rappel, Aboubacar Makhissa Camara avait déjà été inculpé en juillet 2022 par la CRIEF, à l’issue d’enquêtes approfondies sur la gestion des finances publiques durant les dernières années du régime d’Alpha Condé. À l’époque, les enquêteurs avaient pointé de graves dysfonctionnements et des soupçons de malversations impliquant plusieurs responsables administratifs. Depuis lors, la CRIEF a multiplié les dossiers emblématiques, renforçant son rôle dans la lutte contre la corruption et les crimes économiques.

L’audience annoncée du 12 janvier apparaît ainsi comme une étape importante, tant sur le plan judiciaire que symbolique. Elle pourrait permettre de clarifier la position de la justice guinéenne face aux anciens dignitaires accusés de détournements massifs, mais aussi de rassurer une population de plus en plus attentive aux questions de transparence et de bonne gouvernance.

Dans un pays où la lutte contre l’impunité est devenue un enjeu majeur de la transition, le dossier Aboubacar Makhissa Camara est suivi de près. Son issue pourrait envoyer un signal fort, aussi bien aux anciens gestionnaires des deniers publics qu’aux dirigeants actuels, sur la détermination de la justice à aller jusqu’au bout, sans distinction de statut ou d’appartenance politique.

Mamadouba CAMARA pour lereveil224.info

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