Dette publique à 132 % du PIB : Ousmane Sonko défie le FMI et assure que le Sénégal peut s’en sortir sans restructuration
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Face aux inquiétudes grandissantes autour de la situation financière du Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko a tenu à clarifier la position officielle de son gouvernement. Malgré une dette publique évaluée à 132 % du produit intérieur brut par le Fonds monétaire international (FMI), le chef du gouvernement sénégalais affirme avec fermeté que cette dette reste « viable » et rejette toute idée de restructuration, pourtant suggérée par l’institution financière internationale et certains experts nationaux.
Cette prise de position intervient dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Selon les projections, près de 20 % des recettes publiques du Sénégal en 2026 seront consacrées uniquement au paiement des intérêts de la dette. Une charge lourde qui réduit considérablement les marges de manœuvre de l’État pour financer les secteurs sociaux, les infrastructures et les investissements productifs.
Conscient de la gravité de la situation, Ousmane Sonko ne cherche pas à minimiser les difficultés. Il parle même d’une situation « presque catastrophique », héritée selon lui de l’administration précédente. Toutefois, le Premier ministre estime que ces contraintes ne justifient pas une restructuration de la dette, qui pourrait, selon lui, fragiliser davantage la crédibilité financière du pays et nuire à la confiance des partenaires internationaux.
Pour le chef du gouvernement, les analyses menées par les services de l’État démontrent clairement que le Sénégal dispose des capacités nécessaires pour honorer ses engagements. « Tous les travaux que nous avons réalisés nous permettent d’entrevoir la possibilité de sortir de cette situation sans avoir besoin de restructuration », a-t-il affirmé. Il insiste sur le fait que le pays rembourse déjà sa dette depuis plus d’un an et demi, preuve selon lui de sa soutenabilité.
La stratégie du gouvernement repose principalement sur un vaste programme de rationalisation des dépenses publiques et d’optimisation des recettes budgétaires. Ousmane Sonko mise sur une meilleure gouvernance financière, la lutte contre les gaspillages, l’élargissement de l’assiette fiscale et une gestion plus rigoureuse des finances publiques pour redresser progressivement la situation.
Au-delà de sa propre personne, le Premier ministre précise que cette position n’est pas une opinion individuelle, mais bien celle des plus hautes autorités du pays. « Ce n’est pas une position de M. Ousmane Sonko, c’est une possibilité de M. le président de la République du Sénégal », a-t-il souligné, mettant ainsi en avant l’unité de l’exécutif sur ce dossier sensible.
Cette fermeté vis-à-vis du FMI pourrait toutefois susciter des réactions contrastées. Si certains Sénégalais saluent une posture souverainiste et la volonté de préserver l’indépendance économique du pays, d’autres redoutent que le refus de la restructuration n’aggrave à terme les tensions budgétaires, surtout dans un contexte mondial marqué par la hausse des taux d’intérêt et le ralentissement économique.
Quoi qu’il en soit, le débat sur la dette sénégalaise est désormais au cœur de l’actualité économique et politique. Entre impératif de crédibilité internationale et nécessité de préserver la stabilité sociale, le gouvernement de Ousmane Sonko joue une partie délicate. Les mois à venir seront décisifs pour mesurer l’efficacité des réformes annoncées et la capacité réelle du Sénégal à sortir de cette zone de turbulences sans passer par la restructuration tant redoutée.
Mamadouba CAMARA pour lereveil224.info